Komyozo Zanmai

Le samadhi du grenier de la grande sagesse de Maître Ejo, 1278

KOMYO : lumière, illumination.
ZO : dépôt, grenier, entrepôt.
ZANMAI : conscience hishiryo.

Je ressens un profond respect du tréfonds de ma compassion pour vous qui continuez la pratique de zazen dans l’état d’esprit que je vais d’écrire :

Sans saisir quoi que ce soit, ni avoir aucun but.
Sans être influencé par votre intelligence personnelle.
Sans montrer de suffisance par rapport à l’expérience que vous avez acquise dans le dojo.
Avec toute l’énergie de votre corps et de votre esprit, précipitez-les totalement dans komyo zo, sans vous retourner vers l’arrière pour voir le temps.

Ne recherchez pas le satori. N’essayez pas d’écouter les phénomènes illusoires (mayoi).
Ne haïssez pas les pensées qui surgiraient, ne les aimez pas non plus et surtout ne les entretenez pas. De toute façon, vous devez pratiquer la grande assise, ici et maintenant. Si vous n’entretenez pas une pensée, celle-ci ne reviendra pas d’elle-même. Si vous vous abandonnez à l’expiration et laissez l’inspiration vous remplir en un harmonieux va-et-vient, il ne reste plus qu’un zafu[1]  sous le ciel vide, le poids d’une flamme.

Si vous n’attendez rien de ce que vous faites et refusez de considérer quoi que ce soit, vous pouvez tout couper seulement par zazen.
Même si les quatre-vingt-quatre mille illusions vont et viennent, si vous ne leur accordez pas d’importance et les abandonnez à elle-même, à ce moment là, de chacune d’entre elles, l’une après l’autre et toutes ensemble pourra surgir le merveilleux mystère du grenier de la grande sagesse.

Il n’y a pas seulement le komyo du temps de zazen, il y a aussi celui qui pas après pas, acte après acte, vous fait progressivement voir que chaque phénomène peut être réalisé immédiatement, indépendamment de votre intelligence propre et de votre pensée personnelle. Telle est la véritable et authentique certification qui existe sans déranger la manifestation de komyo. C’est le pouvoir spirituel du non-agir par la lumière qui s’illumine d’elle-même. Ce komyo est originellement non-substance, non- existence. C’est pourquoi, même si beaucoup de Bouddha le réalisent dans ce monde, ils ne sont pourtant pas de ce monde. Et étant dans le nirvana, ils n’y sont cependant pas non plus.

A l’heure de votre naissance, komyo existait déjà. A celle de votre mort, il ne disparaîtra pas.
Du point de vue de l’état de Bouddha, il n’augmente pas. Du point de vue des sens, il ne diminue pas.

De même que lorsque vous avez des illusions ou des doutes, vous ne pouvez pas poser la bonne question, quand vous avez le satori, vous ne pouvez l’exprimer. Moment après moment, ne considérez rien avec votre conscience personnelle. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, vous devez avoir le calme et la grande tranquillité des morts.

Ne pensez à rien par vous-mêmes. Ainsi, pratiquant l’expiration et l’inspiration, votre nature profonde comme votre nature sensitive deviendront inconsciemment non-savoir, non-compréhension.

Dès lors, tout pourra devenir naturellement calme, rayonnement de komyo, dans l’unité de l’esprit et du corps. C’est pourquoi, quand nous l’appelons, il devrait répondre rapidement. C’est un seul et même komyo qui harmonise en un tout les gens du satori et ceux des illusions. Ainsi, même, si vous vous mettez en mouvement, ce mouvement ne devrait pas vous troubler. Et la forêt, les fleurs, les brins d’herbe, les animaux, les êtres humains – qu’ils soient longs, courts, carrés ou ronds-pourront être réalisés immédiatement, automatiquement, indépendamment de votre intelligence propre et de l’action personnelle de votre pensée.

Ne vous attachez ni aux vêtements, ni à la nourriture, ni à la maison. Ne succombez pas au désir sensuel ou à l’attachement de l’amour qui sont pareils aux pratiques animales.

Inutile de questionner les autres au sujet de komyo, car leur komyo ne peut vous être d’aucune utilité.

Originellement, ce samadhi est le saint dojo pareil à l’océan de tous les Bouddha. C’est le plus grand et le plus saint de tous les sièges transmis directement de Bouddha en Bouddha à travers la sainte (grande) pratique universelle. Étant à présent vous-mêmes disciples du Bouddha, vous devez faire tranquillement zazen sur son siège.

Ne vous asseyez pas sur le zafu naraka[2], le zafu gaki[3], animal ou asura[4], ni même celui des shomon ou engaku[5]. Aussi ne pratiquez que shikantaza. Ne gaspillez pas votre temps. Voilà ce qu’on appelle l’authentique esprit du dojo et le vrai komyozo samadhi, le merveilleux et splendide satori.

J’ai écrit ce texte pour mes compagnons de zazen afin qu’ils n’aient pas de point de vue erronés, autant pour me perfectionner moi-même que pour éduquer les autres.

  1. [1] Coussin de méditation
  2. [2] Infernal
  3. [3] Avide
  4. [4] Guerrier, compétitif
  5. [5] Moines qui ne se sont pas libérées d’une recherche uniquement personnelle ou dogmatique
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